• Des tranches de vie et des débats en ligne

  • François V., retraité, anime l’atelier de simplicité volontaire à Ages & Transmissions.

    Démarche

    Pour moi, la simplicité volontaire (SV) est avant tout une démarche, un mouvement de recherche de l’essentiel de sa vie.
    Il y a longtemps que la recherche d’une vie simple, orientée vers l’essentiel, parfois même assez radicale, m’habite. Mais entre l’idée et même le désir d’une vie « essentielle » et la réalisation, il y a tout le chemin à faire au milieu des contraintes, souvent légitimes entre autres pour donner à ses enfants les meilleures conditions de vie - et parfois les « tentations ». Je suis dans la démarche mais le chemin est encore en très grande partie à parcourir.
    La valeur principale que je mets derrière la démarche de SV est surtout la sincérité, la cohérence de sa vie entre les choix de valeurs et la vie concrète.

    Motivation – évolution

    Ce qui motive ma démarche est la recherche d’une vie qui ait du sens avec en même temps un sens personnel et un engagement dans le « vivre ensemble ».
    La SV, ce n’est certainement pas se priver. C’est être bien dans une certaine frugalité, ce que certains appellent une « austérité heureuse ». Je n’ai jamais cru que l’accumulation de biens apportait le bonheur, au contraire. Mais l’environnement nous pousse vers cela donc il faut encore et toujours résister.
    A court terme, le déclencheur de ma démarche est la rencontre du site du Réseau Québécois de Simplicité Volontaire à l’occasion de la lecture d’un livre d’une auteure canadienne sur le passage à la retraite. Mais, bien avant cela, je pense qu’il y a un choix de vie de longue date orienté vers la simplicité et la frugalité.
    Je me rappelle que, lorsque j’avais une dizaine d’années, je pensais que tout le monde devrait s’habiller de la même manière avec une espèce de vêtement passe partout d’abord pratique, un peu à la Mao ! Ca ne s’est pas arrangé avec les années, même si j’ai appris la richesse de la diversité. En 1974, j’ai fait mon mémoire en Economie Appliquée sur « Besoin et désir », une critique de l’approche marketing du « besoin du client ». C’était plutôt à contre-courant des théories habituelles mais j’ai eu une distinction !
    Ma démarche de SV s’est formalisée depuis peu et renforcée avec la critique de notre civilisation de consommation et surtout des urgences qui se manifestent de plus en plus devant la dégradation scandaleuse de notre environnement et des injustices qu’elle entraîne.
    Cette démarche se situe dans la durée, une sorte de « chemin de vie », avec des moments d’accélération et des périodes plus calmes, mais dans une continuité.
    Je voudrais aller plus loin dans cette démarche : nous ne sommes qu’au début d’un long et difficile processus de rééquilibrage et il n’est pas sur que nous y arriverons. Les demi-mesures deviennent de plus en plus scandaleuses et inutiles. Je ne suis pas un radical fondamentalement (quoique …) mais je pense que nous serons acculés rapidement à des attitudes et des choix radicaux.

    Vie quotidienne

    Dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, de la consommation en général, ça va, je suis dans la démarche de SV et je fais fort attention. Toutefois, je reste encore sensible et parfois trop intéressé aux développements techniques dans le domaine du PC par exemple. Je pourrais me limiter plus de ce côté.
    Concernant la mobilité, ça dépend. La facilité de prendre la voiture est souvent tentante et je pense que je pourrais me passer plus de voiture, mais pas complètement pour le moment.
    Par rapport aux relations humaines, j’ai la chance d’avoir un réseau de vrais amis et la combinaison temps de rencontres / temps de solitude me convient pour le moment.
    Par contre, je m’éloigne un peu de la démarche de SV dans la gestion du temps et celle de l’information. Pour ce dernier point, je suis presque boulimique : j’accumule les livres et les papiers et maintenant aussi les DVD … Il faut que je me mette à distance de l’information surabondante et que je retrouve le goût de lire un bon livre, choisi, plutôt que de courir tout le temps sur internet pour y voir les dernières nouvelles ou quelqu’article rapide sur des sujets divers.
    Suite à l’atelier de SV, ce qui a surtout changé, c’est la possibilité et le plaisir de pouvoir échanger avec d’autres. C’est aussi un très bon stimulant pour avancer, pour formaliser et expliciter la démarche. Je compte d’ailleurs lancer d’autres ateliers de SV dans ma commune.

    Limites de la démarche de SV


    Globalement, rien ne me gêne dans la démarche sauf les limites pratiques que je rencontre dans les changements auxquels je rêve : réorganiser sa maison, réorganiser sa mobilité, cela prend du temps et de l’énergie personnelle et parfois quelques moyens financiers … et je ne prends pas toujours le temps, je ne mobilise pas toujours l’énergie nécessaire.

    Démarche personnelle vs collective

    Cette démarche est d’abord personnelle mais, pour moi, la dimension collective est toujours présente : solidarité avec la terre et ses habitants, souci de « contagion culturelle » du mouvement, etc.
    Est-ce que je me sens différent des autres en faisant cette démarche ? Peut-être, principalement au niveau de la sensibilisation et de l’information. Quand je me retrouve dans une grande surface (ça arrive …) j’ai un regard en même temps critique, attristé, parfois un peu terrifié devant la frénésie de certains consommateurs mais surtout je suis en colère contre la manipulation culturelle soutenue par la publicité.
    Je me sens parfois marginal et ce n’est pas facile à vivre mais en même temps je me rassure un peu quand je sens l’intérêt de personnes à qui je parle de la SV. Les échanges en groupe sont là aussi pour compenser le sentiment de solitude qui me prend parfois.
    La démarche est d’abord solidaire, même si elle n’est pas reconnue largement.
    Je pense que tout le monde devrait rentrer dans cette démarche. Il faut en même temps amener le maximum de personnes à envisager puis à adopter cette démarche : elle va devenir – elle est déjà – nécessaire et bientôt nous n’aurons plus le choix, sauf à rentrer dans des ghettos de privilégiés, ce qui est insupportable socialement et intenable à terme.

    Transmissions-échanges


    Je parle de cette démarche dans mon entourage comme quelque chose d’important pour moi, sans forcer qui que ce soit et je reçois souvent un « retour » plein d’intérêt. Je pense que plus de gens que l’on ne croit sont déjà sensibilisés et au moins alertés. Reste à passer à la pratique.
    Avec des proches qui ne sont pas dans la même démarche, je n’insiste jamais : on prend ou on ne prend pas. Mais c’est parfois difficile : je pense que les urgences sont là et il y a tension en moi entre le respect du cheminement de chacun et le désir d’alerter le plus possible. De façon très concrète, ma compagne est plutôt « cigale » et elle marche à fond dans les achats – ou plutôt elle marchait parce que je sens que maintenant, sans que je lui impose quoi que ce soit, elle change son regard sur les choses et elle modifie ses modes de consommation. Une sorte de contagion ?
    De manière générale, le message à faire passer est clair : il y a urgence à nous décoloniser de la consommation de masse et de tous les incitants à y foncer. C’est aller à contre-courant de ce qui est encore le message dominant – malgré les soubresauts de notre économie et de la planète, qui ne sont pas entendus.
    Pour moi, le premier geste est de refuser la publicité, de sortir de cet engrenage du « pousse à consommer » et de mener des actions massives anti pub. On peut rêver …
    L’expérience concrète qui me semble probablement la plus facile à mettre en œuvre est la révision de son mode alimentaire : il y a une prise de conscience qui est relativement aisée et il y a des recettes « alternatives » savoureuses. Ce peut être un premier pas, dans le style « slow food ».

    Société

    La seule question que je me pose par rapport au futur est : que sera notre futur et celui des générations qui nous suivent si trop peu de personnes entrent dans ce genre de démarche. Est-ce foutu ?
    Si tous ou au moins une majorité adoptent la démarche de SV, il est clair qu’il faudra – enfin – réorganiser profondément notre mode de fonctionnement économique.
    Ce sera très difficile, une sorte de révolution copernicienne, mais pas nécessairement pénible : il y a beaucoup de joie profonde à vivre plus simplement, plus libre.
    La démarche de SV est certainement une solution personnelle, peut-être pas suffisante. Ceux qui sont entrés dans cette démarche vivront peut-être mieux les contraintes de demain, lorsque les ressources énergétiques deviendront rares et chères.
    Ce n’est cependant pas une solution suffisante : c’est tout notre mode de fonctionnement, nos organisations économiques et commerciales et surtout notre imaginaire, si bien colonisé, qui doivent évoluer. Au plus vite, au mieux !

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