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  • Ce texte est issu de notre recueil d’histoires vécues imprimé sous forme de livre « Et la lessive - Instantanés sur l’évolution de la femme au 20e siècle »
    Quand je compare mon enfance avec la tienne, Léna, c’est incroyable l’évolution au niveau du confort de la maison.
    Après la seconde guerre mondiale, et surtout dans les villages, la distribution d’eau n’existait pas encore. Chaque famille disposait d’un puits situé à l’arrière de la maison. Ce puits était, en général, maçonné sur une hauteur d’environ un mètre au-dessus du sol, puis recouvert de bois avec une porte d’accès ; sur le côté, une poulie avec une grosse corde reliée à un seau. Nous allions puiser l’eau au fur et à mesure de nos besoins. Il fallait enlever la petite cale de bois qui maintenait la porte fermée, laisser descendre le seau à une profondeur de quatre à cinq mètres et, sans trop nous pencher, vérifier qu’il était bien rempli ; enfin, à l’aide de la poulie, tirer sur la corde pour remonter le précieux liquide. Ce travail était uniquement permis aux “ deux grandes “ en l’absence de papa.
    Heureusement, cela ne dura pas trop longtemps : la commune installa la distribution d’eau courante dans le village, chaque maison ayant droit à un seul robinet. Quel soulagement pour maman d’autant plus que la famille s’agrandissait d’année en année!
    Dans la maison pas de toilettes, le W-C se trouvait à l’extérieur dans une petite cabane construite par papa. Pas d’égouts, ni de chasses d’eau : uniquement un seau que maman vidait tous les soirs sur le fumier. Comme papier de toilette, un morceau de journal. Aujourd’hui, tu peux choisir un papier tout doux, parfumé, décoré de petites fleurs ou coloré de tons pastel assortis aux couleurs de la salle de bain ! Le seul avantage du papier journal, c’est qu’avant de l’utiliser, nous pouvions nous mettre au courant de l’actualité. Certains de mes frères trouvaient l’endroit idéal pour échapper aux corvées. L’été, cela ne nous gênait pas trop, mais … l’hiver, nous y allions le moins possible et très rapidement … les hivers sont rudes en Ardenne.
    – Pour dormir, comment faisiez-vous ? me demandes-tu, votre maison devait être très, très grande, avec plein de chambres ?
    – Quand nous étions petits, il n’y avait que deux chambres. Une pour mes parents avec à côté de leur lit, une voiture d’enfant pour le dernier-né. L’autre chambre disposait de trois lits en bois ou en fer, très étroits. Je dormais avec ma sœur. Annie ; mes sœurs Andrée, Jacqueline et Eliane occupaient le deuxième, les garçons René et Yvon le troisième. Sur le fond de lit, en planches, pas de matelas mais des paillasses rembourrées de balles d’avoine (obtenues après le battage de cette céréale ) et sous le drap une alèse caoutchoutée car, les couches culottes n’existant pas, maman pliait de vieux draps en molleton dans le lit des plus jeunes. Elle se relevait aussi la nuit pour les mettre sur le petit pot. Elle espérait ainsi qu’il n’y aurait pas de “petits accidents “et qu’elle n’aurait pas à changer tous les draps de lit.

    Ces lits étaient très difficiles à entretenir : tous les matins, il fallait secouer les paillasses pour qu’elles reprennent forme, retendre les draps. Il n’y avait pas de draps housses, ni de couettes ; puis, le plus pénible pour maman, était de monter sur chaque lit, adossée au mur, pour border draps et couvertures. Annie et moi, la voyant si fatiguée, nous sommes chargées très jeunes de ce travail.
    Devenues adolescentes, papa a dû aménager une troisième chambre dans le grenier. Nous étions très heureuses : enfin une chambre pour nous, les filles ! Nous étions six à la partager, ce qui ne nous gênait pas, au contraire ! Nous pouvions papoter et nous raconter nos petits secrets à voix basse, sous le duvet. Avec une petite lampe de poche, l’une de nous faisait le guet, surveillant le moment où papa venait se coucher: s’il entendait le moindre bruit, nous étions sévèrement punies. L’autre chambre devint celle des garçons, deux autres frères étant encore venus agrandir la famille.
    « Dix enfants, quelle belle famille ! » disaient les voisins. Maman ne partageait pas tout à fait ce point de vue. Quel travail pour elle : préparer d’énormes repas, entretenir toute la maison, les lessives, le repassage, sans compter tous les soins aux enfants. Elle devait aussi s’occuper de grand-père, son onzième enfant ! Pour le nettoyage, pas d’aspirateur, tout se faisait au balai, puis torchon et raclette. La cuisine était balayée après chaque repas.
    – Mais, me dis-tu, comment faisait ta maman avec tout ce travail ?
    – Quand nous étions encore trop jeunes pour l’aider, elle couchait tout le monde à huit heures puis, sur la table de la cuisine, pliait une vieille couverture surmontée d’un morceau de drap propre et, courageusement, repassait d’énormes mannes de linge. Au début de son mariage, elle n’avait pas de fer à repasser électrique, elle utilisait deux fers en fonte qu’elle chauffait tour à tour sur la plaque de la cuisinière alimentée au bois. Ce travail lui demandait beaucoup de temps et de savoir-faire, les textiles modernes n’existaient pas encore, tous nos vêtements fabriqués en coton devaient être repassés. Elle était très méticuleuse et, le dimanche, nous assistions à la messe, habillées de jolies robes, un gros nœud dans nos cheveux, le tout repassé avec soin.
    Chaque soir, elle épluchait légumes et pommes de terre pour le repas du lendemain. Le samedi, elle préparait le bouilli, car chaque dimanche, nous avions le même menu : bouillon au vermicelle, bouilli sauce tomate, pommes de terre. Exceptionnellement, elle préparait un lapin ou un poulet élevés par ses soins. A la kermesse, nous avions droit à un morceau de tarte comme dessert !
    Deux ou trois fois par semaine, elle nettoyait à fond le rez-de-chaussée car, la journée, cela n’était pas possible, elle était trop occupée avec les enfants. Enfin, elle montait se coucher, sans oublier le biberon du dernier-né. Elle changeait ses langes, calait le biberon avec un essuie éponge pour qu’il puisse boire seul car épuisée, elle s’endormait souvent assise sur le bord de son lit.
    – Tu comprends, ma chérie, que ma maman avait de bien longues journées pour de trop courtes nuits !
    Alors… Vive le progrès !

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