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    Ce texte est issu de notre recueil d’histoires vécues imprimé sous forme de livre « Et la lessive - Instantanés sur l’évolution de la femme au 20e siècle »
    A vingt et un ans je fais la connaissance de Roger. La rencontre a lieu lors d’une vente de charité où j’ai la charge d’un comptoir. Il me « tient la jambe » selon l’expression consacrée, pendant une grande partie de l’après-midi. Il revient le lendemain et le surlendemain. Peu de jours après je deviens sa maîtresse : hôtel de luxe, champagne, c’est merveilleux.
    Il a vingt-deux ans de plus que moi. Il n’est ni beau ni laid ; simplement il a du charme et moi je suis « un fruit à cueillir ». Etourdie, je ne prends pas le temps de réfléchir : cet inconnu peut me transmettre une maladie, me faire un enfant. Qui est-il ? D’où vient-il ? Quelle est sa vie amoureuse antérieure ? Autant de questions que je ne me pose pas : je suis innocente, inconsciente, folle.
    Et pourtant cet homme m’offre pendant treize années un amour « confortable » : je me laisse aimer ; avec lui je me sens en sécurité, je n’ai pas peur d’être quittée. Il est là chaque fois que j’ai besoin de lui. Il habite un studio et possède une petite voiture Renault. Mon domicile à moi est une chambre chez l’habitant.
    Que faisons-nous ensemble ? l’AMOUR
    Nous apprécions les restaurants ; quand il fait une bonne affaire, il m’offre un grand restaurant. Car c’est un homme d’affaires. Divorcé depuis longtemps, il a une ex-épouse en Suisse et trois enfants.
    A Paris, il fréquente dans des bars un architecte, un homme politique, un consul, un médecin. Les conversations sont animées et intéressantes : ils refont le monde.
    J’ai quitté Bordeaux où j’habitais pour devenir comédienne. Je suis des cours de théâtre chez Madame Dussane de la Comédie Française, chez Monsieur Simon, cours célèbre, chez Monsieur Dublin, bien connu à Paris. J’obtiens en province différents rôles : celui d’une putain, celui de Sainte Agnès, puis celui d’une femme amoureuse dans « Le baladin du monde occidental », un beau rôle. Je fais un peu de cinéma, notamment dans « Minuit, Quai de Bercy » avec l’acteur Eric von Stroheim. Cependant ma carrière ne démarre pas.
    Notre liaison dure de 1948 à 1961 mais la pilule contraceptive n’arrive sur le marché que dans les années soixante.
    Le prix à payer pour ces treize années de bonheur : TROIS AVORTEMENTS .
    Le premier est exécuté par une « faiseuse d’anges ». Elle habite un quartier populaire de Paris. Roger a eu cette adresse par un de ses amis : petit appartement modeste sans ascenseur ; le local me semble encombré mais je ne suis pas là pour examiner le décor. Je suis rassurée car l’avorteuse parle de « piqûres » : j’en conclus que je suis enceinte depuis peu de temps. Quelques injections et le résultat est obtenu sans douleur et à mon domicile.
    Roger me met toujours en confiance, je ne ressens aucune culpabilité : aucune autre solution, il n’y a pas à hésiter, il faut faire vite. Je suis du signe du Bélier. Le mariage est impensable avec cet homme de vingt-deux ans mon aîné, sans situation professionnelle stable : il n’est pas question d’annoncer cela à ma famille bourgeoise qui habite une grande ville de la province française…
    Le deuxième avortement est plus désagréable, plus éprouvant : une intervention manuelle est nécessaire; je rentre chez moi : je dois attendre vingt-quatre heures avant l’expulsion. J’ai de la chance : pas de suites infectieuses et pourtant que de risques : la stérilité, la mort peut -être…
    La troisième fois, l’intervention a lieu en clinique grâce à l’ami médecin de Roger. Aucun problème.
    Je n’ai pas conservé de souvenirs plus précis de ces trois accidents de parcours.

    Il est intéressant de rappeler que c’est bien plus tard, en 1974, que Simone Veil, Ministre de la Justice, libéralise en France l’accès à la contraception pour une période de cinq années. La loi Veil est définitivement adoptée le trente et un décembre 1979. Le 26 novembre 1974, Simone Veil défend son projet de loi pour la dépénalisation de l’avortement devant l’Assemblée nationale. La loi sera votée en 1975, le dix-sept janvier.
    En Belgique, le Roi Baudouin, par conviction personnelle, refuse en 1990 de signer la loi dépénalisant l’avortement et se met « dans l’impossibilité de régner » pendant cinq jours.
    Mais la pilule contraceptive arrive sur le marché avant la publication des lois, les mœurs étant souvent en avance sur la législation…
    Une collègue de bureau me fait connaître ce médicament et me donne l’adresse de son médecin : j’ai trente-quatre ans. A ce moment, ma liaison commence à battre de l’aile et un moyen de contraception n’est plus nécessaire. Je veux me marier mais pas avec Roger qui le propose.
    A trente-neuf ans, j’épouse un homme que j’aime et après neuf mois, j’ai la joie d’annoncer la naissance d’une ravissante petite fille.

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