• Site interactif d’Ages & Transmissions asbl dédié aux tranches de vie et aux débats

  • Ce texte est issu de notre recueil d’histoires vécues imprimé sous forme de livre « Et la lessive - Instantanés sur l’évolution de la femme au 20e siècle »
    Nous sommes en 1945, Alice, ma maman, habite une ferme au centre du village à Mogimont. Elle y vit avec ses quatre frères et sœurs, sa maman ainsi qu’une vieille tante, célibataire, méchante et très autoritaire.
    Depuis le décès de son père en 1943, maman participe aux rudes travaux de la ferme. C’est elle qui, d’une main assurée, conduit la charrette tirée par Marquis, leur brave cheval ardennais. Malgré son jeune âge, dix-sept ans, elle aime beaucoup ce travail.
    Jean, mon papa, habite lui aussi, le même village. Enfant unique, il vit une enfance et une adolescence sans soucis, car ses parents, bien que très pauvres, se privent pour satisfaire ses moindres caprices. En pleine guerre, il est vêtu comme un prince, reçoit un superbe vélo de course pour ses dix-huit ans, puis un accordéon dont il rêvait. Ses parents lui offrent aussi les cours privés, de musique et solfège à Bouillon. Quelle différence de vie avec celle de maman !
    Début 46, ils tombent amoureux. Peu de temps après, elle est enceinte. Quand elle l’annonce à sa famille, cette nouvelle déclenche un véritable drame. Sa tante voulant la frapper avec le tisonnier, mon oncle, André, intervient et l’en empêche. Maman dort dans le même lit que sa tante qui lui fait vivre des jours pénibles jusqu’à son mariage. Elle l’oblige à dormir sur une carpette au pied du lit, lui disant : ”C’est la place d’une putain !”.
    Le jour du mariage, le 9 mai 46, papa accompagné de ses parents vient chercher sa fiancée. Elle quitte sa maison, seule. Personne ne l’accompagne ! Personne n’ose résister aux ordres de la chère tante ! Ils la regardent partir, cachés derrière la porte de la grange, jetant tour à tour un coup d’œil par les trous d’aération, orifices taillés la plupart du temps en forme de cœur. Cœurs de bois comme celui de cette tante, qui, au décès du père, a pris la direction de la maison, direction des bêtes et des HOMMES ! Tous les quatre traversent le village pour se rendre à la maison communale, puis à l’église. Tout au long du parcours, la rue est déserte. Les gens « bien », bons catholiques, tapis derrière les rideaux, les épient.
    Après la cérémonie, les jeunes époux se rendent au domicile de mes grands-parents paternels où un repas a été confectionné par grand-mère. Un voisin vient prendre quelques photos, puis ils enlèvent leurs vêtements ‘’du dimanche ‘’ et chacun reprend ses occupations.
    Pour maman, c’est désormais sa maison. Elle est mariée, sa belle-mère l’a bien accueillie, et puis … moi je suis là ! Enfin, presque … Je pointe le bout de mon nez le 9 novembre, elle choisit mon prénom : Marie-Rose.
    Aujourd’hui, je suis très heureuse que son choix ait été respecté, car, grand-mère de « quatre Petits Loups », c’est un grand bonheur de les entendre m’appeler Mamie Rose !

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