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    BOLIVIE 2007-2057 par Christian C.

    Août deux mille cinquante sept

    Eglantine, la petite fille de Michèle Piron s’est faite insistante. Elle m’a demandé d’écrire un texte sur mes vacances boliviennes il y a un demi-siècle et de raviver les souvenirs évoqués par mon père lorsqu’il faisait partie de « J’écris ma vie » au début de ce millénaire. Elle m’a convaincu en disant que cela ferait plaisir à sa grand-mère -bientôt centenaire- fondatrice d’ « Ages et Transmissions ».

    Je vous écris de Cochabamba en Bolivie. Cette ville il y a une quarantaine d’années a suivi la destinée de Bruxelles – où je suis né- pour devenir la capitale de l’Amérique du Sud. Hier soir j’ai pris à Santa Cruz de la Sierra, l’Andys, le train-super-vitesse, équivalent du Thalys européen. En cent trente minutes j’ai rejoint Cochabamba. En 2007, nous avions fait le même trajet en onze heures de bus.

    Depuis deux mille trente, les aéroports nationaux ont été interdits. Des contiaéroports situés dans des zones désertiques relient les continents dans des mégavions de 2000 places et plus. De telles solutions appliquées plus tôt auraient évité la zaventemisation des problèmes belgo-belges au début de ce siècle et pas mal de chutes gouvernementales. Les réseaux trains super vitesse RTS mènent les voyageurs à plus de 500km/h à travers tous les continents. Comme architecte j’ai pu mettre mon art dans les ponts, les tunnels, les viaducs, les gares du continent sud-américain, harmonisant structures et horizons de la Cordillère..

    Mais revenons à cette année 2007. Le rêve de maman se concrétisait. Dès le début de l’année mon père était allé à Cochabamba pour un mois, pour superviser la fin de la construction d’une bâtisse où je viens fréquemment le week-end, rejoindre maman -nonagénaire- et où nous nous retrouvons avec mes trois sœurs en fin d’année. Nous évoquons alors la vie passionnante de cette époque.

    Mes parents voulaient une maison solide ouverte vers les quatre horizons. Le climat et un puits qui fonctionne toujours permettaient d’associer à cette demeure, une nature tropicale généreuse. Les nombreux cactus, les palmiers, les fruitiers, des peupliers et même trois saules pleureurs du …Condroz ont développé une végétation qui aujourd’hui encore fait l’admiration des visiteurs.

    Finalement papa était resté trois mois pour achever la maison. Entretemps, la compagnie d’aviation Lloyd Boliviana, la LAB, avait fait faillite. Mon père, avait fait en 54h de bus, le trajet entre Cochabamba et Buenos Aires…ce qui se fait en moins de six heures aujourd’hui, pris un avion Air France jusqu’à Paris, puis un Thalys…el le voilà pour le jour de Pâques…au lieu du Carnaval !

    Fin juin nous partions tous les six pour découvrir notre nouveau repère.

    Ces vacances là, outre l’omniprésence des cousins et cousines qui vivaient à portée de voix, nous avons fait deux séjours d’une semaine, l’un à La Paz, l’autre à Santa Cruz. Lors de nos voyages en Amérique du Sud, dès l’arrivée, nous délaissions l’avion pour les bus, bien plus silencieux et confortables. Pour connaître la réalité des régions traversées, les rigueurs climatiques des altiplanos ou l’exubérante végétation tropicale et la diversité des activités de peuples laborieux.

    La capitale La Paz est précédée d’El Alto. Cette ville à 4000m d’altitude était inexistante quand mon père y atterrit en 1970. De partout des buildings ont envahi le plateau. Les montagnes descendant vers La Paz sont couvertes de maisons à briques rouges. Le 6 août nous avons pris la toute nouvelle route vers les Yungas. Après avoir franchi le col à 4800m…la descente est vertigineuse pour arriver à 1500m dans la vallée du Rio Huarini. En plein hiver austral la chaleur y était tropicale. En deux heures j’étais recouvert de deux cents soixante piqûres de moustiques ! Papa m’avait aidé à les compter ! ! Mais ce fut sans conséquence dramatique. Lors des vacances boliviennes, il fallait toujours que je me distingue. En 1999, c’était un puma qui m’avait mordu à la jambe. En 2001 je m’étais écrasé un doigt dans l’engrenage d’une scie à ruban…

    Les 13 et 14 août papa et maman nous avaient amenés voir les cortèges qui réunissaient plus de 15 mille participants à Quillacollo, à 6km de chez nous, pour les fêtes de la vierge d’Urkupiña. Le premier jour c’était les groupes autochtones revêtus de leurs vêtements ancestraux, soufflant dans leurs instruments andins. Le lendemain défilaient les bandes rutilantes des carnavals de tout le pays. Chaque fois nous y avons été trois heures mais ces défilés duraient douze heures. Tous les commerçants ambulants de Bolivie semblaient s’y être donné rendez-vous.

    Le 17 août, cap sur Santa Cruz. Accueil généreux et familial chez les oncle, tante et cousins Salvatierra de maman. Journée à la finca, outre la basse-cour, il y a chèvres, moutons, vaches et même un lama et sa fille. Nous devions aussi découvrir les « missiones jésuitas » de l’est. Douze heures de train…mais celui-ci n’est jamais arrivé. Changement de cap, nous irons à Samaïpata à 120km de Santa Cruz. Le cousin Elvis nous y conduit en Toyota Landcruiser. Quelle découverte, c’est presque la Suisse ou l’Autriche. S’y sont installés hollandais, allemands, autrichiens, français, argentins et même un jeune couple gantois. La localité accrochée à 1500m dans la montagne s’est dynamisée par ces apports extérieurs : pépinières, floriculture, agriculture biologique, auberges, restaurants, gîtes. Les chutes d’eau sont devenues touristiques. Les ruines du fortin de Samaïpata, pierre taillée de 250 m de long et 90 de large sont balayées par des vents violents. Nous ne sommes pas loin du maquis où s’est battu le Che.

    Au retour, il y eu encore les folles parties de volley entre cousins et cousines, les grands feux le soir, les repas dominicaux où nous retrouvons entre 25 et 35, l’apprentissage du numérique et du MP3, toutes technologies qui semblent tellement désuètes aujourd’hui. C’était aussi le temps des grandes réformes introduites par Evo Morales, premier président de la Bolivie élu à une majorité absolue, petit mais super dynamique et populaire. Mais les départements riches voulaient leur autonomie pour ne rien devoir aux altiplanos qui avaient fait la grandeur et la richesse passée du pays. La ville de Sucre, délaissée comme capitale depuis 1900 au profit de La Paz, revendiquait sa « capitalidad » pour mettre le président en difficulté. Bolivie, Belgique que de similitudes en politique ! Mais aussi quel immense espoir pour les populations autochtones qui avaient été toujours marginalisées.

    Pour terminer cette missive, en cette fin de journée, je reprends un texte de mon père retrouvé dans son carnet JMV 10 et daté du 18 juillet 2007 :

    Avant que la terre tourne le dos au soleil, celui-ci silhouette quelques eucalyptus. De la terrasse du premier, j’admire la courbe des arcs, les colonnes de pierre, le fer forgé de la rambarde. Les gazouillis des oiseaux adoucissent les aboiements des chiens. Les rayons deviennent tellement diffus que la lumière paraît lunaire. Le quart d’heure de grâce s’achève. Quelques vaches beuglent, un âne se joint à elles. Les nuages légers se profilant à l’horizon rougeoient en hommage à la création. Les oiseaux s’enhardissent. Leurs vols s’entrecroisent. Les enfants continuent leurs jeux et poursuites au jardin. Ah, l’inoubliable instant !

    Tomas-Christian

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