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    28. LE TRAVAIL DANS UN SERVICE PUBLIC : égalité hommes-femmes

    J’ai passé presque quarante ans de ma vie dans un Ministère. C’était le Ministère de l’Agriculture et il m’avait été conseillé par le fonctionnaire du Secrétariat Permanent au Recrutement qui s’occupait des examens et de répartir les personnes ayant réussi dans les différents ministères demandeurs. J’avais le choix entre l’Agriculture et les Finances, et le brave homme me conseilla l’Agriculture. “Vous serez plus tranquille” me dit-il. En fait, c’était une proposition sexiste sans le vouloir. Il n’y avait quasiment aucun avenir pour un rédacteur entrant au Ministère de l’Agriculture, les administratifs y était méprisés par les chefs, tous ingénieurs agronomes ou vétérinaires. J’aurais eu beaucoup plus de chance de faire une belle carrière aux Finances, où il n’y avait que des administratifs et où on organisait régulièrement des examens d’avancement. Le brave type n’imaginait pas qu’une des rares candidates féminines qu’il avait à placer rêve d’autre chose que d’”être tranquille”, de se marier et avoir des enfants.

    Moi non plus à vrai dire. Je n’ai compris mon erreur que des années-lumière plus tard et bien entendu trop tard. J’étais alors en contact régulier avec des agents des Finances parce que je m’occupais dans un premier temps du paiement des salaires et par la suite du budget. J’entendais bien qu’on y organisait régulièrement des examens d’accession au niveau 1 (équivalent des universitaires) pour les gens qui voulaient étudier et sortir du rang. Le premier qui a été organisé pour l’ensemble des Ministères, donc y compris l’Agriculture, a eu lieu en 1986 et j’avais commencé à y travailler en 1961 ! Je m’y suis lancée par défi envers mon directeur qui n’en avait parlé qu’aux agents masculins susceptibles de s’y présenter. Je me suis dit : tu vas voir ! Et j’ai réussi la première épreuve avec 80 % des points, tandis que les autres étaient lessivés. Il faut dire qu’il s’agissait d’une épreuve de culture générale, avec conférence à écouter et à résumer, sans pouvoir prendre de notes, et puis d’une dissertation sur le sujet évoqué. Dans mon cas il s’agissait des “angoisses de la fin du siècle”. C’était corrigé par des professeurs d’université et je suis donc encore très fière de mon résultat. La suite a été moins drôle. Mes collègues masculins qui ne s’étaient pas présenté ou avaient raté se sont mis à me regarder de travers, tétanisés à l’idée d’avoir une femme comme chef. Ils m’ont rendu la vie si désagréable que j’ai accepté de changer de service et d’aller à la Comptabilité m’occuper du Budget. Ca été la fin de mes espoirs de réussite de la deuxième partie. Il fallait suivre des cours de droit constitutionnel, de droit administratif, de fonctionnement des institutions internationales et d’économie politique. Impossible d’étudier à la maison. Impossible également au bureau. Par ailleurs j’avais eu, entre-temps, l’arrivée de mes bien-aimées petites filles et Françoise avait besoin d’aide. J’ai donc raté de peu la deuxième partie et j’ai laissé tomber. Heureusement, le fait d’avoir réussi la première partie et d’exercer les fonctions de fait, allant aux réunions et préparant les discussions du budget à la Chambre ou au Sénat, j’eu droit à ce qu’on appelait des “fonctions supérieures”. J’étais donc payée comme niveau 1, mais ça ne comptait pas pour ma pension.

    L’Etat se préoccupait d’ériger un tas de règlements du travail, qui obligeait les patrons à faire ceci ou cela, et à se préoccuper de la sécurité sociale des travailleurs. Mais nous autres fonctionnaires nous n’étions pas liés par un contrat de travail mais nommés par l’autorité publique. Jusqu’au milieu des années soixante, nous n’étions même pas assurés obligatoires. Libre à ceux qui le désiraient de s’affilier à une mutuelle. Nous avions droit à une pension gratuite, donc sans retenue sur le salaire et on ne manquait pas de nous le rappeler à la moindre demande d’avoir un salaire plus décent. La pension gratuite était un “salaire différé”! En réalité, cette pension “gratuite” était un leurre. On nous retenait tous les mois 7,5 % de notre traitement pour la “Caisse des Veuves et des Orphelins”, ce qui faisait une bonne cagnotte pour l’Etat et lui permettait de payer les pensions “gratuites”. En plus, seules les veuves et les orphelins d’agents masculins avaient droit à une “pension de survie”(et à un cadeau de Saint-Nicolas de la part du Service Social). Finalement, je pense que c’était dans les années quatre-vingt, un groupe de fonctionnaires féminines à dû aller jusqu’à la Cour de Justice européenne pour obtenir l’égalité de traitement, de façon à ce que les retenues opérées sur les salaires féminins ne servent pas uniquement aux veuves des fonctionnaires masculins mais aussi aux veufs des fonctionnaires féminins !

    A part cela l’égalité entre hommes et femmes était intégrale, tous les grades étaient au masculin, on était “un commis”, “un rédacteur”, “un directeur” et tout le monde partait à la pension à 65 ans alors que dans le privé les femmes partaient à 60 ans et les hommes à 65. En fait nous vivions tout simplement sous la loi du “statut Camus”, du nom d’un monsieur qui avait mis un peu d’ordre dans la réglementation existante à l’époque. Comme c’était en 1937, il n’avait guère envisagé de problèmes liés au recrutement de personnel féminin. Le problème ne se posait même pas. Tout belge, ayant un casier judiciaire vierge et ayant le diplôme adéquat, pouvait passer les examens de recrutement. Pendant très longtemps, il n’y eu pas de problèmes, fort peu de femmes travaillant à l’extérieur et les femmes qui le faisait étant, la plupart du temps, dans les rangs inférieurs. Si, en effet on était dans ces années-là, une femme universitaire, on n’allait pas perdre son temps à devenir fonctionnaire !

    A partir des années septante la fonction s’était tellement dévalorisée, qu’elle était envahie par les femmes, bien contentes de trouver du travail. Aux hommes les belles carrières dans le privé ! C’est la même chose chaque fois qu’une fonction se dévalorise. Quand on pense au prestige qu’avait un instituteur ou un professeur dans le passé et qu’on voit la façon dont ils sont traités actuellement, on comprend qu’il n’en reste plus beaucoup, sauf au niveau universitaire. Ces emplois sont aussi devenus essentiellement féminins. Même chose à la Justice et à la Police. Mal payés et mal considérés. J’aime à penser que les choses s’amélioreront et que les femmes vont cesser de penser qu’elles gagnent un “salaire d’appoint” et qu’elles ont droit à une carrière professionnelle pleine et entière. Elles doivent continuer à se battre pour leurs droits, obtenir des gardes pour leurs enfants et l’égalité dans les travaux ménagers. Allez les filles !

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