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    Avril 61, j’ai quinze ans et demi. Je quitte la maison pour travailler à Bouillon. Je suis engagée à « l’Etoile d’or », un grand magasin (pour l’époque !) où l’on trouve vêtements, cuir, daim, lingerie, articles de sport pour tous : hommes, dames et enfants. Il y a même un rayon papeterie, journaux.

    Ce magasin appartient à Monsieur et Madame Laurent et leur fils André, vieux garçon qui exécute depuis toujours les ordres de sa mère, ce qui lui convient bien car il est incapable de prendre la moindre responsabilité.

    Je partage tout le travail avec une jeune fille de mon âge et, entre l’entretien de cette énorme maison, les courses, les repas, les coups de main au magasin, nous avions peu de temps pour rêver. Quand il y avait du monde au magasin, notre patronne disposait d’une sonnette pour nous appeler.

    « Dring-dring ». Vite laisser tomber notre travail pour nous occuper des clients, puis nous organiser pour rattraper le temps perdu, préparer les repas, la vaisselle, la lessive.

    Lessive que je faisais à la cave. La veille, je mettais le linge à tremper dans un grand bac. Le lendemain à l’aube, je tordais le tout, draps compris, puis je le passais à la machine à laver. C’était une grande cuve en bois cerclée, dont le couvercle était muni de battants. Je remplissais la machine d’eau bouillante non pas soutirée au robinet comme aujourd’hui, mais préalablement chauffée dans une grande bouilloire posée sur un réchaud à gaz.

    Je lessivais d’abord draps, essuies, linge blanc puis, au fur et à mesure du refroidissement de l’eau, le linge de couleur pour terminer par les pulls et les chaussettes.
    Enfin, avec un long bâton en bois, je sortais le linge de la machine et le faisais essorer. Essoreuse très capricieuse qui, une fois sur deux ne voulait pas se mettre en route. Je lui envoyais alors un bon coup de pied, ce qui la faisait démarrer et moi me calmer.

    Puis, les rinçages, deux à l’eau claire et bien froide et, pour le linge blanc, un troisième rinçage avec du bleu.
    A nouveau, tout essorer, placer le linge dans une grande manne en osier et aller l’étendre sur les fils au grenier. De la cave au grenier, il fallait grimper quatre étages. A cette époque, j’étais loin de penser que quelques années plus tard, j’aurais un salon lavoir ultra perfectionné !

    Le dimanche, nous devions aider au magasin. C’était le jour où il y avait le plus de clients, surtout beaucoup de Français qui venaient faire leurs achats en Belgique. Bouillon étant très proche de la frontière, ils achetaient surtout beaucoup de vêtements en cuir et daim à un prix nettement plus intéressant que chez eux. Quand il fallait raccourcir le vêtement, la longueur ou les manches, nous le faisions directement pour qu’ils puissent retourner avec leur achat. Je me souviens du stress : travailler rapidement et surtout ne jamais faire d’erreur dans un vêtement d’un tel prix ! Ils achetaient aussi énormément de pralines, ce n’était pas rare qu’ils retournent avec dix kilos ou plus. Les commerçants faisaient d’énormes réserves de berlingots totalement épuisées le dimanche soir.

    Mon jour de congé était le lundi. Congé, si je puis dire ! Car devinez quelles étaient mes occupations de la journée ? La lessive bien sûr ! Maman profitait de mon aide et de celle de ma sœur Annie pour cette rude tâche. Nous commencions très tôt : tout d’abord allumer un bon feu de bois dans la cuisinière de la cuisine puis, installer la grande marmite qui allait servir à faire bouillir le linge blanc. Nous tordions le linge que maman avait fait tremper la veille dans de grandes bassines en zinc. Le linge de papa, plein de résine, était mis à tremper à part et secoué dans plusieurs eaux avant le lavage. Les langes en tissu des plus petits, eux aussi, étaient rincés plusieurs fois, les couches culottes à jeter comme aujourd’hui n’existaient pas et de toutes façons elles auraient été trop onéreuses pour une famille nombreuse. Le travail nous occupait toute la journée et, quand nous ne disposions pas encore de l’eau courante, mais seulement d’un puits, ma sœur et moi allions rincer le linge à la fontaine. Nous chargions le tout sur une brouette et, sans rechigner à la tâche, descendions à la fontaine toute proche. En été, cela nous plaisait car nous prenions cela un peu comme un jeu : secouer les draps dans les trois bacs d’eau courante du ruisseau puis, les tordre en tenant chacune les bouts du drap, mesurer notre force en tirant au maximum vers soi. Quelques fois, évidemment, une de nous deux lâchait le drap et nous n’avions plus qu’à recommencer le travail !

    Nous rentrions trempées à la maison. Puis, nous allions étendre le tout sur les fils du jardin. Je me souviens de cette masse énorme de linge mis à sécher sur plusieurs fils. Les petites pièces, culottes, chaussettes attachées sur la clôture de l’enclos des poules, me faisaient penser à Laurel et Hardy dans le film « Les conscrits » où faisant la lessive de l’armée, ils mettaient les linges à sécher sur des fils à l’infini.

    Vers quinze heures trente, nous avions terminé. Mais pour ne pas gaspiller l’eau chaude, nous l’utilisions pour laver le carrelage de la cuisine, buanderie et terminer par le trottoir.

    Enfin, je goûtais avec mes frères et sœurs rentrés de l’école. Puis, je préparais mon sac à dix-sept heures tapantes : mon patron venait me chercher pour une nouvelle semaine de boulot !

    Marie-Rose P.

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    Forum

    • message  460

      Ma première fois ... par Marie-Rose

      13 août 2006

      Tu as vraiment bien écrit tout ce que nous savions déjà de toi, Bravo !
      Gemma


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    • message  318

      > Ma première fois ... par Marie-Rose

      22 novembre 2005

      Transfert du messages du
      30 septembre 2005 à 10h12min / Sylvie (rédaction magusine)
      Réponse à l’article Ma premiere fois … par Marie-Rose
      Quelle adolescence tu as eu là Marie-Rose ! Trouvais-tu encore du temps pour rêver ? Je me souviendrai de ton texte les jours où, fatiguée par le boulot et les enfants, je me plains des tâches ménagères à encore effectuer… Sylvie


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