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    Coronavirus,

    Tout minuscule que tu sois, tu as envahi notre monde. Encore ahurie de ta puissance, la planète entière s’interroge. Que s’est-il passé pour que tu étendes ainsi ton pouvoir ? Pourquoi cette infiltration sournoise qui, de fil en aiguille, pousse chaque pays à trouver sa stratégie pour te combattre le plus efficacement possible ? Comment réagir devant tant de ténacité à détruire des vies humaines, tant d’indifférence au point de toucher d’abord les plus vulnérables d’entre nous, tant de violence de sorte qu’il nous faut tous, sans exception, accepter de nouveaux modes de vie, les uns à leur poste de travail, les autres confinés à leur domicile ?

    En peu de temps, tu as provoqué d’autres habitudes journalières, d’autres façons d’être en lien, d’autres énergies créatrices, d’autres solidarités. D’autres peurs aussi. Celle de tomber malade, celle de voir un proche affaibli, celle de connaître la mort. Ton projet est funeste. Pour quelle cause ? Serait-ce pour nous tirer d’un aveuglement, lui aussi, mortel ? Il est vrai que tu es arrivé sur une terre malade. Tant qu’à faire, as-tu peut-être pensé, un peu plus ou un peu moins malade, quelle importance !

    Mais voilà, ton attaque ne nous laisse pas les bras ballants. À nos oreilles, le réveil sonne la fin de récréation. À notre bon sens, une interpellation chasse les conduites antérieures. Dans notre cœur se répand un sincère désir de solidarité ainsi qu’une franche empathie. Au sein de notre habitat profond et personnel murmure un souffle de gratitude pour ceux qui dépensent tant d’énergie à rompre l’empire que tu cherches à bâtir. S’y exprime aussi un besoin d’une autre vie, plus claire, plus cohérente, plus réfléchie, plus reliée.

    Les années qui sont dernières nous, que d’aucuns appellent l’expérience, nous apportent aujourd’hui quelques réponses. Futiles, répondront certains. Essentielles répondront d’autres. Vivre est un voyage où le pas à pas ouvre progressivement de nouveaux horizons. Qui n’a pas déjà connu des paysages où l’arrêt s’impose tant il est beau et grand ? Ici, rétorquera-t-on, il n’est question ni de beau, ni de grand. À sentir, durant ces dernières semaines, monter si fréquemment l’émotion en moi, je ne peux que conclure qu’à travers cette crise sanitaire, j’ai entrepris un voyage qui me force à l’étonnement.

    La remarquable bataille du monde hospitalier et de tout le personnel soignant me sidère et me pousse à un respect rarement éprouvé. Le travail des scientifiques, chacun à leur juste place, me fascine. Ceux qui cherchent à communiquer avec la population me touche par la gravité de leur langage, leur authenticité et leur complémentarité. L’audace des journalistes qui continuent à parcourir villes et pays pour nous informer ainsi que les articles de fond qu’ils écrivent pour guider notre réflexion comblent ma soif de savoir, de comprendre, de partager notre commune humanité. La présence continue de tout travailleur liée à des tâches reconnues essentielles, pharmaciens, boulangers, épiciers, caissières, réassortisseurs de rayons, éboueurs, facteurs, livreurs… me remplit de reconnaissance. Et que dire de tous ceux et celles qui, par un coup de main de plus ou moins grande envergure, collaborent à l’immense tâche d’anéantir le mal, celui que toi, Coronavirus, tu répands à belle vitesse, sans sentiment mais avec une volonté forte, celle d’étendre le chaos et la détresse.

    Les maisonnées où se trouvent confinés parents et enfants, vieux couples, personnes seules offrent des couleurs surprenantes. Depuis les plus pastel jusqu’aux plus vives. Les teintes sombres, quant à elles, se manifestent dans toute leur gamme quand l’anxiété domine. Dans les familles où la maladie se pointe, où les porte-monnaie se vident, où le désordre relationnel tyrannise le quotidien, où l’espace vital est insuffisant. Certes, vivre sans sortir de nos logis confortables et aérés n’a rien de comparable avec survivre dans des logements malsains, exigus, surpeuplés, sans balcon ni verdure. Notre société duale porte, aujourd’hui, une fameuse responsabilité, celle de déshériter encore davantage les familles et personnes fragilisées. Des visages concrets se dessinent à mes yeux et me plongent dans un bain de tristesse qui m’incite à tendre la main là où la situation laisse quelques ouvertures.

    Chez nous, le vert est à l’honneur avec le jardin, le potager et la forêt. Les fleurs y montrent leur plus beau visage et les oiseaux y chantent leurs plus belles notes. Nous y puisons une douceur de vivre et une prise de conscience accrue d’être parmi les grands chanceux de ce monde.

    Le bleu pourrait bien décrire notre vie au jour le jour. Un bleu azur quand, autour de la table, nous échangeons nos visions, nos émotions, nos projets. Un bleu pervenche quand, plongés dans l’activité, nous sommes tout entier au cœur de celle-ci. Un bleu marine quand l’impatience ou le désappointement trouble notre calme et notre dynamisme.

    Le rouge, avec toutes ses nuances, pourrait convenir pour colorer les nombreux liens qui, hors de tout déplacement, se maintiennent avec un sang neuf. Enfants, famille élargie, amis, voisins, partenaires de nos engagements, tous sont présents d’une manière ou d’une autre. Ils nourrissent nos journées.

    Quant au jaune, il est totalement réservé à nos petits-enfants, véritable lumière dans notre obscurité. Parmi ceux-ci, nombreux sont-ils à se bouger pour nous rapporter leur quotidien fait de créativité, amusement, exercices physiques … et travail scolaire. Leurs messages sont des perles de tendresse que nous enfilons chaque jour, convaincus qu’au bout du confinement, nous porterons le plus beau collier du monde !

    Toutefois, hors de chez nous, il est des lieux bien noirs. Là où règne la hantise de la non-maîtrise de la maladie mais aussi là où les positions solidaires et égocentriques se heurtent, où les visions géostratégiques se jouent, où le rejet de l’étranger se maintient, voire se corse. Serons-nous capables de sortir du cauchemar actuel sans le prolonger sous une autre forme ? Bien sûr, je rêve d’un autre monde. Plus égalitaire et plus solidaire. Moins consumériste et plus créatif. Plus respectueux et plus relié. Un monde de clarté, de franchise, de justice. Un monde où nous prenons soin de ce qui nous est offert. Un monde où chacun, parce qu’il a sa place, peut se remplir de gratitude. Pour ce, en nos mains, il reste à donner le meilleur de nous-mêmes. Et là, Coronavirus, tu n’as aucun pouvoir !

    Danielle D. Écrit le 28 mars 2020

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    • message  16875

      Lettre au Coronavirus par Danielle D.

      16 avril 2020, par JeannineK

      Danielle,
      tu relates très bien ces semaines de confinement.
      Je suis seule oui mais j’acceuille tous les jours des messages, des appels, des vidéos, des tendresses exprimées à reavers la magie des communications diverses
      Je crains,je renonce aux lieux à risques, mais je m’inquiète surtout pour mes enfants.
      Eux sont tristes pour moi " maman tu es toute seule "
      Nous aurons plus tard, bien tard c’est vrai, des retrouvailles généreuses d’affection et d’amitié.
      L’essentiel est de garder en mémoire tous ces gestes, ces mots, ces pensées et en tirer le meilleur.
      Restonsforts tous ensenble contre l’ennemi invisible


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    • message  16873

      Lettre au Coronavirus par Danielle D.

      16 avril 2020, par ourania

      Bravo Danielle d’avoir su exprimer notre position devant ce coronavirus. Je ressens de même qu’au lieu de nous séparer, parce qu confinés dans nos demeures, il nous rassemble. Je suis seule chez moi mais reçois de nombreux messages parfois de personnes que la vie avait écartées. Et comme toi, je collectionne tous ces mots d’encouragement, tous ces moments de bonheur, ces après-midi de soleil, ce printemps radieux…
      Il faudra encore beaucoup de patience, beaucoup de courage mais tout ira bien (Tutto andrà bene).
      Merci pour ce texte.
      Brigitte S


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